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| | Les musiques électroniques resteront dans l histoire! (le matin dimache) |
| © Le Matin Online, 11 May 2005 |
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DJ TATANA Un sourire d ange, 27 ans et une place de choix au royaume des platines: cette Zurichoise atypique met le feu aux nuits de Suisse et d ailleurs. Elle sort un nouveau CD et raconte sa vie de DJ, succès, femme: trois mots pour une association rare - histoire de ne pas dire impossible - dans les milieux de la nuit. Pourquoi? Quand j ai commencé à mixer, il y a dix ans, c était très difficile pour une femme de tracer son chemin dans ce milieu très masculin de la nuit. Et, quand je dis masculin, c est pour ne pas dire macho. Je ne me l explique pas: c est comme ça... Aujourd hui, en revanche, c est presque un atout. Je suis l une des rares femmes DJ et ça attire donc les clubs... Cela dit, même si c est lentement, les mentalités évoluent, et l on voit davantage de femmes se risquer aux platines. Qu est-ce qui vous a poussée dans cette voie? Comment devient-on une petite reine des platines avec des fans qui vous suivent de club en club? Adolescente, je courais tous les festivals rock et, franchement, je n étais pas très branchée électronique. Mais un jour, après une rave party, j ai découvert le studio privé d un ami, avec tout ce matériel, ces milliers de disques, et je me suis amusée à essayer de mixer. Ça m a plus instantanément. J ai tout de suite vu ce qu il y avait de créatif dans la démarche du DJ. Vous reste-t-il un souvenir précis de votre première soirée solo avec, d un côté, les platines et, de l autre, le public? Un souvenir très précis. C était il y a dix ans vendredi. A Grodonia, Mecque de la rave party près de Zurich. Un DJ invité a fait faux bond et, quatre jours avant, les organisateurs m ont proposé de le remplacer au pied levé. Ça s est très bien passé: après le show, un producteur allemand m a même chaudement encouragée. Moi qui manquais tant de confiance en moi, je me suis dit alors: «Tu peux y arriver! Tu as les moyens de séduire le public!» Et j ai foncé sans arrière-pensée. Aujourd hui, j ai même mon propre label. (Réd.: Son dernier single était numéro 6 des ventes cette semaine.) |
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Quel est le quotidien d un DJ? Contrairement à ce qu imaginent les gens, ça ne se résume pas à un travail nocturne. Je travaille d ailleurs beaucoup en amont de mes prestations. Il faut guetter les nouvelles tendances, écouter les centaines de nouveautés que nous adressent les maisons de disques, aller à la pêche aux idées partout où bouge la musique. Un vrai DJ doit souvent aller au-devant de ses confrères, échanger, évoluer, observer les réactions des danseurs, tester sans relâche ses sets. Comment définiriez-vous votre musique pour les non-initiés? Ma musique? Sensuelle, harmonique, avec des courbes! Je ne revendique pas de position féministe, mais, en l occurrence, ma musique est peut-être bien l une des plus féminines que l on puisse entendre en ce moment dans les clubs. (Réd.: Elle prend un air faussement sérieux...) Attention, ça ne veut pas dire que je n aime pas jouer de temps en temps plus hard, avec des rythmiques hyperpuissantes... Simplement, à la place de le faire tout le temps comme certains, je choisis le bon moment, quand je sens que le public est prêt pour se lancer avec moi! Quel est le niveau actuel de la scène suisse? Bon. Beaucoup de DJ suisses sont reconnus internationalement - je pense ainsi à DJ Spoke, chez vous, en Suisse romande, avec qui je viens de collaborer pour mon dernier album. Et puis nous avons la chance énorme d avoir de plus en plus de très bons producteurs suisses, qui, plus est, des producteurs également connectés sur l étranger. La house, la trance, ça s écoute de la même façon à Zurich ou à Lausanne? Grosso modo, oui. Mais je dois dire que les Romands sont plus sensibles à l innovation. Dans une soirée, ils apprécient, par exemple, qu un DJ prenne des risques. En Suisse alémanique, les clubbers, eux, sont plus sensibles au respect des tendances; il faut leur jouer davantage de hits. Que répondez-vous aux amoureux de la musique pour qui l electro n est pas de la vraie musique? |
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(Réd.: DJ Tatana ne peut retenir un grand rire franc.) Je leur dis: «C est une autre musique!» Mais, moi aussi, je travaille le son, les harmonies, les rythmes. Moi aussi, je travaille avec des musiciens professionnels. D ailleurs, je prépare en ce moment un projet avec un groupe: guitare, bass, drums, percussions, chanteurs... J avais déjà essayé de mixer en formation il y a quelques années, mais alors le milieu n était pas prêt à l accepter. Aujourd hui, c est toute la musique électronique qui évolue dans cette direction et reconnaît l intérêt d un certain rapprochement avec le rock. Et, pour tout dire, je trouve cette perspective assez enthousiasmante. La musique électronique a donc sa place dans l histoire de la musique... J en suis convaincue. Le hype (réd.: sommet du trend) de l electro est peut-être derrière nous, mais celui du rock ou du hip-hop aussi... En fait, la musique électronique ne s est pas assagie, mais plutôt installée. Avec toute une scène qui s est progressivement professionnalisée. Et c est bien ainsi... Y a-t-il de vrais génies aux platines? Des personnages comme Rostropovitch au violoncelle ou Barenboïm au piano? Un Jeff Miles est pour moi synonyme de perfection technique. Un Carl Cox, lui, offrira sur scène un rayonnement incroyable. Et puis Tiesto, le number one du monde, on ne peut tout simplement que l aimer et le trouver génial tant ses soirées sont fun et sympas, tant il dégage une richesse humaine hors du commun. Avez-vous des idoles? Revendiquez-vous des influences, comme c est souvent le cas en musique? Où puisez-vous votre inspiration? Je n ai jamais eu de posters dans ma chambre. Je ne vois pas l intérêt d avoir des idoles. J essaie d être moi-même, et c est déjà suffisamment compliqué... En fait, oui: j ai une idole et une source d inspiration! C est ma mère! Côté musique, stricto sensu, je n appartiens à aucune chapelle. Je suis ouverte à tout. Du heavy metal au jazz en passant par le classique. La curiosité et l ouverture sont du reste deux qualités fondamentales pour un DJ. Le système actuel de starisation des DJ vous convient-il ou vous fait-il enrager? Regardez les émissions de téléréalité! C est tout le monde de la musique qui fabrique aujourd hui des vedettes en deux ou trois prime times! Il y a donc effectivement certains producteurs qui prennent les DJ pour des produits et leur appliquent les règles du marketing et du business. Mais, en vérité, un bon DJ se construit avec le temps, step by step. C est l expérience qui apporte la connaissance du public, pas le matraquage publicitaire. Je suis peut-être jeune, mais j ai mixé dix ans avant de percer... Justement, en quelques mots, qu est-ce qu un bon DJ? Quelqu un qui respecte son cadre, à savoir qui tient compte de l heure à laquelle il joue, du type de public. Quelqu un qui trouve le mix entre les grands succès du moment et les nouvelles tendances. Quelqu un qui veut avoir et donner du plaisir, faire rire et danser les gens. Ce n est en tout cas pas un type bizarre enfermé dans sa musique ou dans une tour d ivoire. Où se situe le meilleur club du monde? Aujourd hui, il y a des clubs d un niveau exceptionnel dans tous les pays. En Australie, au Japon, partout. Car, même si les DJ font toujours les grands succès, ils partagent maintenant cette fonction avec les radios, avec Internet... Il est révolu le temps où quelques mythiques clubs new-yorkais pouvaient, à eux seuls, lancer Madonna dans le grand bain. Il y a quand même encore une capitale des clubs? En Europe, je dirais que Londres reste la capitale incontournable pour les DJ... Mais, pour moi, «the» club, c est la Huaka, un lieu magique en plein air à Lima, au Pérou. J y mixe chaque année en septembre et j attends ce moment avec impatience. Les Sud-Américains sont des gens extraordinaires, capables de vibrer, de danser - sans baisse de tension et dans la bonne humeur - des nuits durant... Et en Suisse? Oxa à Zurich, le Mad à Lausanne: difficile de faire mieux! La meilleure soirée pour vous? Simple et sympa. Ou, si vous préférez, quand tout le monde danse et rit jusqu au bout de la nuit! Si vous deviez choisir entre le travail de studio ou le live... Le live, parce que c est dans ces moments-là qu on éprouve dans sa tête et dans son corps toute la gamme des sensations que procure la musique électronique. Dates: Tatana mixera le 14 mai au Mad de Lausanne et le 15 au Fun Planet de Villeneuve CD: Son dernier album, «Neon Lights» (chez Energetic Records), est dans les bacs depuis hier |
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JEAN-FRANÇOIS FOURNIER - ZURICH 08 mai 2004 © Le Matin Online |
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